Attention à l’interprétation des graphiques ! – Rappel de lecture critique d’article (Rando-LCA)

Contexte : le 21 février 2020, l’Italie a été contrainte de confiner la province de Lodi pour faire face à l’épidémie du Covid 19 puis le 9 mars le confinement s’est étendu à l’ensemble du territoire pour éviter la saturation de ses hôpitaux. Dans le même temps, l’épidémie en France s’est mise à enfler avec l’apparition des foyers de cas à Mulhouse et dans l’Oise. Face au cri d’alarme de notre état voisin, l’inquiétude a grandi dans tout le pays sur les mesures à prendre pour éviter de connaître la même saturation. D’autant que les retours des services de réanimation montraient que les patients nécessitaient des soins lourds pendant une durée prolongée (15 à 21 jours) bien supérieure à celle des patients habituellement admis dans ce type de service créant une embolisation des lits de réanimation.

La question de mettre en place, en plus des mesures barrières, un confinement des régions les plus touchées par l’épidémie voire de l’ensemble du territoire est devenu incontournable. Les journalistes n’ont d’ailleurs pas manquer d’interroger la porte parole du gouvernement sur le risque de saturation de nos hôpitaux. https://www.gouvernement.fr/conseil-des-ministres/2020-03-11 (minute 40) La réponse était claire : la situation est sous contrôle, les mesures prises ont tenu compte de ce risque et suffiront. D’ailleurs, le premier ministre face à la question de la saturation des hôpitaux a insisté pendant sa conférence de presse du 28 mars sur le fait que le confinement total décidé le 17 mars était suffisant pour limiter le pic épidémique. Affirmant face aux caméras : « Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur les mesures de confinement » (source : 1). Et confirmant cette position le 14 avril face à l’assemblée nationale :  » Les hôpitaux n’ont pas été débordé ». (source : 2).

Le 19 avril, alors que le pic de l’épidémie a été atteint et que le nombre d’admission à l’hôpital diminue, le premier ministre a présenté une courbe montrant en ordonnée le nombre de lits de réanimation disponible en France au début de la crise (5000), le nombre de lit après ouverture et réorganisation en urgence des services dans toute la France (10500) et le nombre de lit prévu après création de nouveaux services (15000). La courbe bleue montre le nombre de patient admis en réanimation en raison du Covid 19. Ce nombre atteint 7100 aux alentours du 8 avril, chiffre bien en dessous des 10500 lits annoncés comme disponibles. En un mot un graphique rassurant à première vue : les capacités réanimatoires de nos hôpitaux n’ont pas été débordé.

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Toutefois, cette courbe ne représente pas la réalité. Si on écoute bien le discours du premier ministre et si on se réfère aux données du portail S.A.E. diffusion qui rend public les informations des établissements de santé (source 3). Il faut noter que les lits de réanimation sont occupés en moyenne à 85% (de 80 à 90% selon les régions) sur le territoire. La déprogrammation des opérations non urgentes initiées début mars a permis d’abaisser légèrement ce taux d’occupation à 80%. Pour se rendre compte de la situation réelle, afin de pouvoir comparer l’évolution du nombre de malade en réanimation aux nombres de lits disponibles, il faut prendre en compte le nombre total de patients en réanimation. Si on se base sur les données de santé publique france concernant le nombre de patient covid en réanimation (source 4) et pour être large une occupation à 75% des lits de réanimation par des patients non covid (3750 lits occupés sur les 5000) on arrive plutôt à un graphique de ce type :

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L’objectif premier de cet article est d’attirer l’attention sur la vigilance permanente à avoir lors de la lecture d’un graphique. Qu’il soit publié dans une revue scientifique de qualité ou présentée par le premier ministre, il faut toujours s’interroger sur la pertinence des courbes présentées et leur capacité à représenter la situation réelle.

Le deuxième objectif est d’alerté sur le fait que les services hospitaliers ont été dépassé. La pression sur les lits est extrèmement forte. La courbe corrigée présentée ne permet de saisir qu’une partie de la réalité. Les 10500 lits n’ont pas été ouvert dans des conditions acceptables mais en urgence absolue pour faire face en catastrophe. De nombreux services ont été fermé pour créer ces lits limitant la prise en charge de patients atteints de maladie chronique dont les soins ont été reporté. Les infirmiers sont en sous effectif et ont été aidé par des étudiants en médecine (externe des hôpitaux). Le matériel manque… De plus, un patient non atteint par le Covid 19 admis dans un service de réanimation qui prend en charge des patients infectés par le virus a un risque élevé de contracter l’infection et de décéder au vue de la facilité de transmission du virus d’une chambre à l’autre. Cela complique d’autant plus l’organisation des unités et du personnel. En un mot, l’hôpital a été débordé et il faut le prendre en compte pour la suite.

En effet, la stratégie annoncée par le gouvernement est de laisser circuler le virus dans la population à un rythme suffisament lent pour éviter la saturation des lits hospitaliers. Les lits créés dans l’urgence ne correspondent pas à de « vrais » lit de réanimation. Outre les besoins en matériel, c’est le manque de personnel suffisament formé qui constitue un problème central. Actuellement on estime que 5% des patients ayant une infection par le covid 19 confirmés nécessitent un séjour en réanimation. Ainsi dès que l’on passe la barre des 40 000 cas, se sont 2000 patients Covid 19+ qui sont admis en réanimation entre 7 et 10 jours plus tard en plus des 3600 qui occupent les lits en temps normal à cause de pathologies tout autre ( infection grave, décompensation d’une insuffisance cardiaque… )

Les mesures de déconfinement et plus tard les mesures de reconfinement de la population doivent impérativement prendre en compte la réalité de la situation à l’hôpital et ne pas se baser sur des graphiques ininterprétables

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Enfin, je tiens à rappeler ici la volonté politique du gouvernement de lutter contre la manipulation de information. Une loi est en vigueur depuis le 20 décembre 2018. On attend du premier ministre qu’il montre l’exemple dans une situation aussi grave.

Gabriel Hallali

Quand les données de santé deviennent le nouvel Eldorado

Le Covid19 va modifier profondément nos sociétés. La crise sanitaire en cours ne sera pas de courte durée car il n’y a pas de solution simple pour arrêter les ravages de ce virus à l’échelle du monde.

Un enjeu considérable se dessine : la gestion des données de santé et de localisation de la population humaine. En Chine, la liberté de se déplacer, liberté fondamentale et inaliénable pour nos démocraties, est devenue dépendante de l’état de santé de l’individu. L’absence de fièvre, l’absence de contact récent avec des personnes potentiellement malades bientôt peut-être le statut immunitaire et le portage nasal du virus seront devenus les conditions sine qua non de cette liberté.

Par ailleurs, une bonne gestion de la pandémie implique une bonne connaissance des données de santé de la population pour protéger les individus les plus fragiles, répartir les moyens sanitaire sur le territoire…

Le seul moyen pour ne pas renoncer à nos libertés est de prendre conscience à l’échelle européenne que ces données constituent l’enjeu principal pour ces prochaines années.

En France, de nombreux acteurs privés profitent de cette crise pour s’imposer comme leader dans la collecte et le traitement de ces données. On peut penser notamment à l’essor brutal des télé-consultations via la Plateforme Doctolib, l’accès aux résultats en ligne pour tous les patients des analyses en laboratoire, le logiciel de suivi à distance des patients ayant eu des symptômes compatibles avec le Covid 19 (Covidom)…

Si l’on veut conserver nos libertés fondamentales, si l’on veut garantir à chaque individu que ses données de santé soient utilisés à bon escient et ne deviennent pas un instrument pour le restreindre dans sa vie privée et professionnelle (prêts bancaires, prime de mutuelle…) Il faut dès à présent avoir une réponse européenne forte. Il faut que ces données soient collectées et gérées à l’échelle européenne en s’affranchissant des acteurs aux intérêts privés. L’Europe doit garantir les droits de ses citoyens en développant en urgence des outils de collecte et de gestion de ces données à l’échelle de notre continent en garantissant la protection de celles-ci.

Une politique forte de régulation et une coopération européenne aboutiront à court terme à une réponse coordonnée des états et donc une meilleure gestion de la crise. A long terme, ces données seront une véritable aubaine pour observer l’efficacité des différentes politiques de santé, uniformiser la qualité et la pertinence des soins d’un pays à l’autre, mieux attribuer les ressources, comprendte l’effet des médicaments en population réelle…

Laisser des acteurs aux intérêts privées s’arracher nos données aurait de lourdes conséquences sur la souveraineté de notre état et la sécurité des personnes. Gérer cette crise par une régulation uniquement à l’échelle nationale serait une erreur qui aboutirait nécessairement à un repli nationaliste et une réduction de nos libertés.

Nous sommes confinés, l’économie est à l’arrêt, c’est un moment unique pour réfléchir à l’organisation de notre société. Le débat sur les données de santé devrait être au coeur de nos discussions.

Gabriel Hallali

Externes, quel est votre métier ?

Cela fait à la fois peu de temps et l’impression d’une éternité que la crise du Coronavirus à commencé.

Dès lors, que vous soyez P2 ou D4, que faire dans cette situation ? Comment trouver sa place ? Comment être utile ? Comment jouer un rôle dans cette crise majeure de nôtre époque ?

1- Aidez nous !

Vous le savez, vous l’avez entendu milles fois, nos effectifs sont limités. La charge de travail ne va faire qu’augmenter alors que le virus n’épargne pas pour autant les soignants et que l’épuisement se fait déjà sentir parmi les équipes.
Pourtant le personnel soignant dispose d’une force majeure. Il est solidaire.


Nous avons aussi pu compter, alors que les plateformes du SAMU étaient en surcharge historique, sur le soutien de gynécologues, de pédiatres, de médecins libéraux venu nous prêter main forte.
Mais également sur des étudiant(e )s infirmièr(e )s, des P2, D1, des externes.

Formés sur le tas, ils ont et continuent d’accomplir des tâches simples mais pourtant essentielles et indispensables pour que la machine continue de fonctionner.


Un grand merci à eux !

Manifestez vous ! Prenez contact ! Rendez vous disponibles quelques soit la tache. Vous avez tous des compétences utiles.

Les SAMU mais aussi bientôt les urgences et les services hospitaliers vont avoir besoin de vous.
Nous, internes, n’avons pas oublié d’où nous venons. Combien de fois lorsque nous étions externes, à vôtre place, nous nous sommes fait la réflexion que nous étions les petites mains de l’hôpital. Travailleurs de l’ombre, souvent dénigrés, rarement remerciés, parfois considérés. Sans nous, et nos dépassements de fonctions, l’hôpital aurait eu bien plus de mal à tourner.
Aujourd’hui le constat est le même. Sans vous il ne tournera pas. Mais cette fois, c’est une question de vies et de morts.

2- Soyez la pour tout le monde.


L’obession pour le Covid- 19 ne doit pas faire oublier une autre réalité. Les autres.


On continue de faire des AVC, des infarctus, des EP, des coliques néphrétiques, des appendicites, des cancers.


Epidémie ou pas, il n’est pas normal que ces gens là aient une perte de chance dans leur prise ne charge. Il n’est pas acceptable que la mortalité des ces pathologies soient différente de ce qu’elle était en novembre dernier.
De ces gens là aussi, il faut que l’on s’occupe.
Ne les oubliez pas à l’heure ou vos chefs et vos internes essaient de combler la nouvelle brèche avec toute leur attention et leur énergie. Soyez leur garde fou.
Restez critiques. Redressez les diagnostics. La pneumopathie à pneumocoque, la tuberculose et leurs copines n’ont pas disparues. Il n’y a pas que le Covid dans la vie.


3- Eduquez


C’est le cœur de vôtre métier. En plus de toutes vos connaissances.
Que vous soyez P2 ou D4, vous appartenez à cette grande famille de la médecine et de ce fait, vos amis et vos proches vous respectent et s’adressent à vous en donnant du crédit à vos propos bien plus qu’à ceux du gouvernement.


Alors profitez-en pour faire passer le message. Les messages d’hygiène, de sécurité, de confinement. Les signes devant alerter, la surveillance adaptée.
Nous avons tous vu les images de ces gens méprisant la quarantaine, sortant dehors ou continuant de faire des soirées entre amis. Peut être est ce vos amis. Et c’est peut être vous qui pouvez leur faire prendre conscience et les rappeler à la raison. Car ce sont nos efforts comme les vôtres qui sont piétinés par leur insouciance.

Ca n’est pas ainsi que l’on imaginait la saison 2 de Rando ECNi. Et même si la crise nous à poussée à écrire de nouveaux articles après plusieurs semaine d’absence, nous aurions préférés vous accompagner vers des ECN 2020 tranquilles.


L’hôpital public est une idée formidable, un projet pour tous.
Et un lieu ou si l’on ne peut malheureusement pas sauver tout le monde, pour quiconque s’y présentera, on essaiera !

Courage
Vous êtes parfaits

Rando-ECNi

Le coronavirus résiste-t-il à la chaleur ? L’épidémie va-t-elle se calmer cet été ?

On voit circuler un certain nombre de message sur les réseaux sociaux qui expliquent que le virus est tué par la châleur. Si on regarde comment se comportait le MERS-Coronavirus, il semble que l’été va avoir peu d’influence sur le virus.

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Dans cet article qui explorait l’influence du climat sur la transmission du MERS coronavirus à Ryad, ils ont remarqué qu’il y avait des pics épidémiques au moment des pics de température. L’augmentation d’1°C de température augmentait le nombre de transmission du virus. De même une baisse de l’humidité semblait avoir un effet favorisant pour le virus.

Concernant le SARS-Cov 2 nous n’avons pas encore d’information à ce jour. S’il se comporte comme le MERS, il y aura une augmentation des cas 

 

Pour ceux que la question passionnent :

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31813836-climate-factors-and-incidence-of-middle-east-respiratory-syndrome-coronavirus/ 

 

 

Comment intuber un patient atteint du SARS-Cov2 ?

Une vidéo est de la société de langue française en réanimation est parue hier. Elle récapitule parfaitement les étapes pour controler les voies aériennes supérieures d’un patient atteints du coronavirus. En cas de débordement des services, il est possible que se soit aux internes d’effectuer les manoeuvres. N’hésitez pas à reprendre vos chefs ou le personnel s’ils font mal. Il est normal au début d’avoir du mal à suivre l’ensemble des consignes mais on est très attentif. C’est quand la routine s’installe après deux trois jours qu’on relâche l’attention et que les risques augmentent.

Prenez soins de vous !

Courage et persévérance…

Covid 19 Guide à l’usage des internes – Partie 1

IMG-3334Cette semaine, l’Europe est dans une situation critique. L’Italie fait face à un afflux massif de malades dans ses hôpitaux. Tous les internes sont mobilisés. Les internes de toutes les spécialités sont réquisitionnés pour venir en aide dans les services débordés quelque soit leur spécialité. Cette série d’article a pour but d’aider les internes dans les semaines à venir qui prendront en charge des patients atteints des formes graves du coronavirus.

PARTIE 1 : Comment reconnaître un patient atteint du coronavirus ?

Selon une étude rétrospective chinoise portant sur plus de 50000 patients hospitalisés les symptômes les plus fréquents sont :

Signes cliniques :

  1. fièvre : 9 patients sur 10
  2. Toux : 7 patients sur 10
  3. courbatures / altération de l’état général : 4 patients sur 10

Signes paracliniques :

  • Anomalies parenchymateuses sur la tomodensitométrie pulmonaire : 96% des cas

 

La proportion de patients avec une forme grave était de 18% (soit environ 2 patients sur 10).

L’évolution de l’infection était marquée par un syndrome de détresse respiratoire aigue (SDRA) chez 14% des patients.

NB : La proportion de forme grave et de SDRA sont sujettes  à un biais de publications. Les équipes ont tendance à publier plus les séries où les patients se compliquent. 

Le taux de mortalité était autour de 4%

Un patient qui tousse et a de la fièvre quand nous serons au cœur de l’épidémie aura une probabilité élevée d’avoir le coronavirus.

La difficulté en pratique va être de décider quels patients doivent être garder en hospitalisation et quels patients peuvent retourner à domicile. Nous ne disposons pas de score clinique pertinent comme en cas de pneumonie (CRB65). La reconnaissance précoce d’un SDRA sera primordial tant aux urgences qu’en hospitalisation.  Les décisions cliniques reposeront essentiellement sur l’expérience du médecin et sa capacité à évaluer de manière pertinente l’état clinique du patient.

Source :

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/jmv.25735

 

Choix de stage des internes, l’ARS inconsciente ?

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A partir de lundi 16 mars, l’affectation des internes à leur nouveau terrain de stage du mois de Mai débutera à l’agence régionale de santé (ARS) de la région Île de France.

Deux fois par an, l’ARS réunit les internes Parisiens sur une semaine. Ils sont convoqués par groupe d’environ soixante-dix selon leur ancienneté et leur spécialité pour chosir le stage qu’ils effectueront pour les 6 prochains mois. Le système est assez archaïque, il y a de grandes affiches collées sur le mur dans un coin de la salle où l’ensemble des postes ouverts sont affichées. Les internes sont appelés par trois dans une petite salle selon leur classement à l’ECN et choisissent le poste qui leur convient pour leur formation. Le poste choisi est annoncé dans un haut parleur et un agent est chargé de le barer sur l’affiche dans la grande salle.

Système archaïque, complexe, qui a fait la preuve de son inefficacité le semestre dernier avec des centaines d’internes qui ont du refaire leur choix. Des erreurs dans l’ordre de passage et la nécessité de réserver une demi-journée pour faire voir refaire les choix sont régulièrement pointés du doigt par les jeunes médecins. Pour ce semestre, après le fiasco du mois de Novembre, l’ARS a mis enfin en place une procédure de choix dématérialisé pour certaines spécialités.

Néanmoins, la majorité des internes vont devoir se déplacer la semaine prochaine à l’agence régionale de santé. Mais est-ce vraiment raisonnable en pleine épidémie ? Peut-on prendre le risque de réunir presque 100 professionnels de santé dans une même salle pendant deux heures. Le coronavirus circule sur le territoire, les internes sont en contact avec un grand nombre de malades chaque jour. A-t-on le droit de prendre le risque d’une contamination d’un groupe entier d’internes ?

Le but n’est pas de sombrer dans la paranoïa mais parfois il faudrait un peu plus de bon sens dans la gestion de cette crise. Est-ce si compliqué en 2020 de mettre en place des choix dématérialisés ?

Au delà du problème des choix, il est encore tôt pour en parler mais il possible qu’il soit nécessaire de reporter les changements de postes dans certaines spécialités pour éviter de désorganiser des services.

ERRATUM :

L’ARS vient de faire parvenir un mail une annonce à destination des internes :

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MAJ 15 mars : le syndicat des internes annoncent que les choix sont reportés mais il n’y a pas encore de message officiel de l’ARS.

Il semblerait qu’il y ait eu une prise de conscience aujourd’hui que nous saluons.

Merci et Bravo au directeur de l’ARS qui a pris la décision de reporter les choix.

Bonsoir à toutes et tous,

Compte tenu de la situation épidémique dans laquelle nous sommes, qui est désormais en stade 3, et des annonces faites ce weekend par le Premier Ministre qui nous demande à toutes et tous de limiter nos déplacements et de prendre de la distanciation sociale, le directeur général de l’ARS IdF a décidé d’annuler le choix des internes qui devait démarrer ce lundi, ceci afin de préserver la santé des internes et de nos personnels, en évitant le plus possible les contacts. Nous avons besoin de nos internes dans nos établissements de santé pour faire face à cette épidémie.

Je remercie les doyens et les syndicats d’internes de bien vouloir en informer par tout canal l’ensemble des internes afin qu’ils ne se présentent pas lundi et les jours suivants dans les locaux de l’ARS.

Nous examinerons ensemble lundi la possibilité de faire ses choix de manière dématérialisée ; et si cela s’avère impossible, les choix seront reportés jusqu’à nouvel ordre.

La situation est grave et tout doit être fait pour que notre système de santé soit en capacité de répondre à cette épidémie.

Je vous remercie et reste à votre disposition pour toute question.

Bien à vous

Didier JAFFRE

La politique et le bon sens

L’entêtement du pouvoir pour maintenir les municipales malgré le #coronavirus me rappelle un épisode de l’histoire de France pas souvent enseigné ou connu si ce n’est pour le département concerné (la Martinique) ou par les géologues : l’éruption de la montagne Pelée. 

Cela se passe en 1902, et c’est l’éruption volcanique la plus meurtrière du XXème siècle en France. Elle a duré plusieurs semaines mais sa nuée ardente du 8 mai reste célèbre pour avoir en quelques minutes : entièrement détruit la plus grande ville de l’île Saint Pierre.

1/5e de la population a été exterminée ; 30 000 personnes qui étaient restées dans la ville, une partie contrainte par les autorités. L’éruption est une référence de ce qu’il ne faut pas faire quand on court un danger « naturel » imminent.

Au mont Pelée, le gouvernement n’a pas pris les précautions élémentaires ; ici l’évacuation de la ville et de ces alentours au vue du risque d’erruption. La leçon a été retenu en Martinique,  l’éruption de 1929 et de 1932 n’ont pas fait de victimes.

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Saint Pierre était une ville surnommée «Petit Paris des Antilles» et avait une cathédrale un théâtre une prison un hôpital une chambre de commerce des consulats un journal un port. Du 22 au 30 avril 1902 une série d’évènements donne quelques. signaux d’alarmes : séismes, grondements soudain, nuages de cendres, ruptures de câbles… Du 2 mai au 8 mai c’est une accumulation d’évènements intenses. Il y a quelques victimes le 2 mai lors d’une coulée de magma. Puis un calme apparent s’installe : un bloc de pierre bloque la cheminée du volcan et le dégazage de celui-ci. 

Tout ces évènements ne provoquent pas d’évacuation. Pourquoi : ils se produisent en pleine campagne électorale, entre le 1er et le 2nd tour des législatives.

Le journal « Les Colonies » décide de ne pas publier son article alarmant le 2 mai. Puis le 3 mai le gouverneur Louis Mouttet ordonne à la troupe d’être en état d’alerte et de maintenir l’ordre.

Les départs d’habitants sont même refoulés par la troupe sur la route de Fort-de-France ; les bateaux ont pour consigne de ne pas appareiller. Le 7 mai le dernier numéro du journal est consacré aux élections. Un avis « scientifique » se veut rassurant.

Le 7 mai, le gouverneur et son épouse reviennent en ville pour rassurer. Le capitane d’un navire napolitain Orsolina malgré les menaces d’arrestations par les douaniers décide de partir. Il répliqua même : « Qui me les appliquera vos sanctions, demain vous serez tous morts ».

Le jeudi 8 mai une explosion se produit ; à 7h52 la ville est rasée en 2min, les navires ancrés prennent feu. 30 000 personnes meurent. Le 2nd tour des élections n’aura jamais lieu.

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Marguerite Yourcenar écrivait : « Le coup d’Œil sur l’Histoire, le recul vers une période passée ou, comme aurait dit Racine, vers un pays éloigné, vs donne des perspectives sur votre époque et vs permet d’y penser davantage, d’y voir davantage les problèmes qui sont les mêmes ou les problèmes qui diffèrent ou les solutions à y apporter ».

Il est difficile de prévoir l’avenir. Peut-être que l’on s’inquiète outre mesure, que les médias sont trop alarmistes. Mais, les pays autour de nous adoptent des mesures beaucoup plus strictes. Certains choix politiques actuels vont à l’encontre du bon sens. Soyons cohérents avant tout.

Alors, dimanche, on va voter ?

Le 15 ne répond plus…

7H50 Hôpital necker – Salle de régulation du SAMU

D’habitude, lorsque l’on prend son poste à la salle de régulation du SAMU, l’ambiance est calme. On voit le médecin de jour prendre son café au côté du médecin régulateur de nuit qui lui fait quelques transmissions en discutant de l’actualité.

Ce matin, la tension est palpable. La salle de crise est ouverte, une dizaine de régulateurs médicaux sont actifs et dans un coin de la pièce un étudiant de 5ème année raccroche son téléphone les yeux cernés. Un coup d’oeil d’un habitué sur le tableau de suivi des appels suffit pour saisir l’origine de cette ambiance angoissante.

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Le tableau affiche 7 minutes et cinq secondes d’attente avant qu’un assistant de régulation médicale puisse répondre (la première ligne en France des urgences vitales). Il y a 29 appels en attente.

En temps normal le pic d’appel démarre à 8H00, le compteur monte à 10 voire 15 personnes en attente les jours durs mais le temps de réponse dépasse rarement les 2 minutes. D’ailleurs l’objectif des services du SAMU est de décrocher en moins de 60 secondes voire moins de 20 secondes. (suivi de ces objectifs affichés à droite de l’écran)

Il se passe quelque chose et les mesures prises pour endiguer la crise sont insuffisantes. Nous sommes au début de l’épidémie, nos services d’urgence sont déjà au maximum de leur capacité et malgré tout ils sont dépassés. 

Même si l’on prend les scénarios les plus optimistes concernant l’épidémie de coronavirus : une épidémie qui ressemble à celle de la grippe avec un gros rhume et des patients fragiles à hospitaliser. Il est important de rappeler que la difficulté lorsque l’on gère une crise sanitaire n’est pas dans la plupart du temps de prendre en charge les patients victimes de la situation sanitaire exceptionnel mais de continuer à assurer l’ensemble des soins urgents pour le reste de la population. Le 15 prend en charge les urgences vitales et en particulier les arrêts cardiaques et accidents vasculaires cérébraux. Un tel temps d’attente est dangereux pour tout le monde. 

Les mesures que prend le gouvernement depuis une semaine sont insuffisantes. Il faut enrayer l’épidémie en confinant la population et débloquer des moyens exceptionnels dans les hôpitaux de toute la France pour faire face à cette crise sanitaire majeure qui ne fait que commencer.