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Quand les données de santé deviennent le nouvel Eldorado

Le Covid19 va modifier profondément nos sociétés. La crise sanitaire en cours ne sera pas de courte durée car il n’y a pas de solution simple pour arrêter les ravages de ce virus à l’échelle du monde.

Un enjeu considérable se dessine : la gestion des données de santé et de localisation de la population humaine. En Chine, la liberté de se déplacer, liberté fondamentale et inaliénable pour nos démocraties, est devenue dépendante de l’état de santé de l’individu. L’absence de fièvre, l’absence de contact récent avec des personnes potentiellement malades bientôt peut-être le statut immunitaire et le portage nasal du virus seront devenus les conditions sine qua non de cette liberté.

Par ailleurs, une bonne gestion de la pandémie implique une bonne connaissance des données de santé de la population pour protéger les individus les plus fragiles, répartir les moyens sanitaire sur le territoire…

Le seul moyen pour ne pas renoncer à nos libertés est de prendre conscience à l’échelle européenne que ces données constituent l’enjeu principal pour ces prochaines années.

En France, de nombreux acteurs privés profitent de cette crise pour s’imposer comme leader dans la collecte et le traitement de ces données. On peut penser notamment à l’essor brutal des télé-consultations via la Plateforme Doctolib, l’accès aux résultats en ligne pour tous les patients des analyses en laboratoire, le logiciel de suivi à distance des patients ayant eu des symptômes compatibles avec le Covid 19 (Covidom)…

Si l’on veut conserver nos libertés fondamentales, si l’on veut garantir à chaque individu que ses données de santé soient utilisés à bon escient et ne deviennent pas un instrument pour le restreindre dans sa vie privée et professionnelle (prêts bancaires, prime de mutuelle…) Il faut dès à présent avoir une réponse européenne forte. Il faut que ces données soient collectées et gérées à l’échelle européenne en s’affranchissant des acteurs aux intérêts privés. L’Europe doit garantir les droits de ses citoyens en développant en urgence des outils de collecte et de gestion de ces données à l’échelle de notre continent en garantissant la protection de celles-ci.

Une politique forte de régulation et une coopération européenne aboutiront à court terme à une réponse coordonnée des états et donc une meilleure gestion de la crise. A long terme, ces données seront une véritable aubaine pour observer l’efficacité des différentes politiques de santé, uniformiser la qualité et la pertinence des soins d’un pays à l’autre, mieux attribuer les ressources, comprendte l’effet des médicaments en population réelle…

Laisser des acteurs aux intérêts privées s’arracher nos données aurait de lourdes conséquences sur la souveraineté de notre état et la sécurité des personnes. Gérer cette crise par une régulation uniquement à l’échelle nationale serait une erreur qui aboutirait nécessairement à un repli nationaliste et une réduction de nos libertés.

Nous sommes confinés, l’économie est à l’arrêt, c’est un moment unique pour réfléchir à l’organisation de notre société. Le débat sur les données de santé devrait être au coeur de nos discussions.

Gabriel Hallali

Externes, quel est votre métier ?

Cela fait à la fois peu de temps et l’impression d’une éternité que la crise du Coronavirus à commencé.

Dès lors, que vous soyez P2 ou D4, que faire dans cette situation ? Comment trouver sa place ? Comment être utile ? Comment jouer un rôle dans cette crise majeure de nôtre époque ?

1- Aidez nous !

Vous le savez, vous l’avez entendu milles fois, nos effectifs sont limités. La charge de travail ne va faire qu’augmenter alors que le virus n’épargne pas pour autant les soignants et que l’épuisement se fait déjà sentir parmi les équipes.
Pourtant le personnel soignant dispose d’une force majeure. Il est solidaire.


Nous avons aussi pu compter, alors que les plateformes du SAMU étaient en surcharge historique, sur le soutien de gynécologues, de pédiatres, de médecins libéraux venu nous prêter main forte.
Mais également sur des étudiant(e )s infirmièr(e )s, des P2, D1, des externes.

Formés sur le tas, ils ont et continuent d’accomplir des tâches simples mais pourtant essentielles et indispensables pour que la machine continue de fonctionner.


Un grand merci à eux !

Manifestez vous ! Prenez contact ! Rendez vous disponibles quelques soit la tache. Vous avez tous des compétences utiles.

Les SAMU mais aussi bientôt les urgences et les services hospitaliers vont avoir besoin de vous.
Nous, internes, n’avons pas oublié d’où nous venons. Combien de fois lorsque nous étions externes, à vôtre place, nous nous sommes fait la réflexion que nous étions les petites mains de l’hôpital. Travailleurs de l’ombre, souvent dénigrés, rarement remerciés, parfois considérés. Sans nous, et nos dépassements de fonctions, l’hôpital aurait eu bien plus de mal à tourner.
Aujourd’hui le constat est le même. Sans vous il ne tournera pas. Mais cette fois, c’est une question de vies et de morts.

2- Soyez la pour tout le monde.


L’obession pour le Covid- 19 ne doit pas faire oublier une autre réalité. Les autres.


On continue de faire des AVC, des infarctus, des EP, des coliques néphrétiques, des appendicites, des cancers.


Epidémie ou pas, il n’est pas normal que ces gens là aient une perte de chance dans leur prise ne charge. Il n’est pas acceptable que la mortalité des ces pathologies soient différente de ce qu’elle était en novembre dernier.
De ces gens là aussi, il faut que l’on s’occupe.
Ne les oubliez pas à l’heure ou vos chefs et vos internes essaient de combler la nouvelle brèche avec toute leur attention et leur énergie. Soyez leur garde fou.
Restez critiques. Redressez les diagnostics. La pneumopathie à pneumocoque, la tuberculose et leurs copines n’ont pas disparues. Il n’y a pas que le Covid dans la vie.


3- Eduquez


C’est le cœur de vôtre métier. En plus de toutes vos connaissances.
Que vous soyez P2 ou D4, vous appartenez à cette grande famille de la médecine et de ce fait, vos amis et vos proches vous respectent et s’adressent à vous en donnant du crédit à vos propos bien plus qu’à ceux du gouvernement.


Alors profitez-en pour faire passer le message. Les messages d’hygiène, de sécurité, de confinement. Les signes devant alerter, la surveillance adaptée.
Nous avons tous vu les images de ces gens méprisant la quarantaine, sortant dehors ou continuant de faire des soirées entre amis. Peut être est ce vos amis. Et c’est peut être vous qui pouvez leur faire prendre conscience et les rappeler à la raison. Car ce sont nos efforts comme les vôtres qui sont piétinés par leur insouciance.

Ca n’est pas ainsi que l’on imaginait la saison 2 de Rando ECNi. Et même si la crise nous à poussée à écrire de nouveaux articles après plusieurs semaine d’absence, nous aurions préférés vous accompagner vers des ECN 2020 tranquilles.


L’hôpital public est une idée formidable, un projet pour tous.
Et un lieu ou si l’on ne peut malheureusement pas sauver tout le monde, pour quiconque s’y présentera, on essaiera !

Courage
Vous êtes parfaits

Rando-ECNi

Le coronavirus résiste-t-il à la chaleur ? L’épidémie va-t-elle se calmer cet été ?

On voit circuler un certain nombre de message sur les réseaux sociaux qui expliquent que le virus est tué par la châleur. Si on regarde comment se comportait le MERS-Coronavirus, il semble que l’été va avoir peu d’influence sur le virus.

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Dans cet article qui explorait l’influence du climat sur la transmission du MERS coronavirus à Ryad, ils ont remarqué qu’il y avait des pics épidémiques au moment des pics de température. L’augmentation d’1°C de température augmentait le nombre de transmission du virus. De même une baisse de l’humidité semblait avoir un effet favorisant pour le virus.

Concernant le SARS-Cov 2 nous n’avons pas encore d’information à ce jour. S’il se comporte comme le MERS, il y aura une augmentation des cas 

 

Pour ceux que la question passionnent :

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31813836-climate-factors-and-incidence-of-middle-east-respiratory-syndrome-coronavirus/ 

 

 

Comment intuber un patient atteint du SARS-Cov2 ?

Une vidéo est de la société de langue française en réanimation est parue hier. Elle récapitule parfaitement les étapes pour controler les voies aériennes supérieures d’un patient atteints du coronavirus. En cas de débordement des services, il est possible que se soit aux internes d’effectuer les manoeuvres. N’hésitez pas à reprendre vos chefs ou le personnel s’ils font mal. Il est normal au début d’avoir du mal à suivre l’ensemble des consignes mais on est très attentif. C’est quand la routine s’installe après deux trois jours qu’on relâche l’attention et que les risques augmentent.

Prenez soins de vous !

Courage et persévérance…

Covid 19 Guide à l’usage des internes – Partie 1

IMG-3334Cette semaine, l’Europe est dans une situation critique. L’Italie fait face à un afflux massif de malades dans ses hôpitaux. Tous les internes sont mobilisés. Les internes de toutes les spécialités sont réquisitionnés pour venir en aide dans les services débordés quelque soit leur spécialité. Cette série d’article a pour but d’aider les internes dans les semaines à venir qui prendront en charge des patients atteints des formes graves du coronavirus.

PARTIE 1 : Comment reconnaître un patient atteint du coronavirus ?

Selon une étude rétrospective chinoise portant sur plus de 50000 patients hospitalisés les symptômes les plus fréquents sont :

Signes cliniques :

  1. fièvre : 9 patients sur 10
  2. Toux : 7 patients sur 10
  3. courbatures / altération de l’état général : 4 patients sur 10

Signes paracliniques :

  • Anomalies parenchymateuses sur la tomodensitométrie pulmonaire : 96% des cas

 

La proportion de patients avec une forme grave était de 18% (soit environ 2 patients sur 10).

L’évolution de l’infection était marquée par un syndrome de détresse respiratoire aigue (SDRA) chez 14% des patients.

NB : La proportion de forme grave et de SDRA sont sujettes  à un biais de publications. Les équipes ont tendance à publier plus les séries où les patients se compliquent. 

Le taux de mortalité était autour de 4%

Un patient qui tousse et a de la fièvre quand nous serons au cœur de l’épidémie aura une probabilité élevée d’avoir le coronavirus.

La difficulté en pratique va être de décider quels patients doivent être garder en hospitalisation et quels patients peuvent retourner à domicile. Nous ne disposons pas de score clinique pertinent comme en cas de pneumonie (CRB65). La reconnaissance précoce d’un SDRA sera primordial tant aux urgences qu’en hospitalisation.  Les décisions cliniques reposeront essentiellement sur l’expérience du médecin et sa capacité à évaluer de manière pertinente l’état clinique du patient.

Source :

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/jmv.25735

 

Choix de stage des internes, l’ARS inconsciente ?

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A partir de lundi 16 mars, l’affectation des internes à leur nouveau terrain de stage du mois de Mai débutera à l’agence régionale de santé (ARS) de la région Île de France.

Deux fois par an, l’ARS réunit les internes Parisiens sur une semaine. Ils sont convoqués par groupe d’environ soixante-dix selon leur ancienneté et leur spécialité pour chosir le stage qu’ils effectueront pour les 6 prochains mois. Le système est assez archaïque, il y a de grandes affiches collées sur le mur dans un coin de la salle où l’ensemble des postes ouverts sont affichées. Les internes sont appelés par trois dans une petite salle selon leur classement à l’ECN et choisissent le poste qui leur convient pour leur formation. Le poste choisi est annoncé dans un haut parleur et un agent est chargé de le barer sur l’affiche dans la grande salle.

Système archaïque, complexe, qui a fait la preuve de son inefficacité le semestre dernier avec des centaines d’internes qui ont du refaire leur choix. Des erreurs dans l’ordre de passage et la nécessité de réserver une demi-journée pour faire voir refaire les choix sont régulièrement pointés du doigt par les jeunes médecins. Pour ce semestre, après le fiasco du mois de Novembre, l’ARS a mis enfin en place une procédure de choix dématérialisé pour certaines spécialités.

Néanmoins, la majorité des internes vont devoir se déplacer la semaine prochaine à l’agence régionale de santé. Mais est-ce vraiment raisonnable en pleine épidémie ? Peut-on prendre le risque de réunir presque 100 professionnels de santé dans une même salle pendant deux heures. Le coronavirus circule sur le territoire, les internes sont en contact avec un grand nombre de malades chaque jour. A-t-on le droit de prendre le risque d’une contamination d’un groupe entier d’internes ?

Le but n’est pas de sombrer dans la paranoïa mais parfois il faudrait un peu plus de bon sens dans la gestion de cette crise. Est-ce si compliqué en 2020 de mettre en place des choix dématérialisés ?

Au delà du problème des choix, il est encore tôt pour en parler mais il possible qu’il soit nécessaire de reporter les changements de postes dans certaines spécialités pour éviter de désorganiser des services.

ERRATUM :

L’ARS vient de faire parvenir un mail une annonce à destination des internes :

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MAJ 15 mars : le syndicat des internes annoncent que les choix sont reportés mais il n’y a pas encore de message officiel de l’ARS.

Il semblerait qu’il y ait eu une prise de conscience aujourd’hui que nous saluons.

Merci et Bravo au directeur de l’ARS qui a pris la décision de reporter les choix.

Bonsoir à toutes et tous,

Compte tenu de la situation épidémique dans laquelle nous sommes, qui est désormais en stade 3, et des annonces faites ce weekend par le Premier Ministre qui nous demande à toutes et tous de limiter nos déplacements et de prendre de la distanciation sociale, le directeur général de l’ARS IdF a décidé d’annuler le choix des internes qui devait démarrer ce lundi, ceci afin de préserver la santé des internes et de nos personnels, en évitant le plus possible les contacts. Nous avons besoin de nos internes dans nos établissements de santé pour faire face à cette épidémie.

Je remercie les doyens et les syndicats d’internes de bien vouloir en informer par tout canal l’ensemble des internes afin qu’ils ne se présentent pas lundi et les jours suivants dans les locaux de l’ARS.

Nous examinerons ensemble lundi la possibilité de faire ses choix de manière dématérialisée ; et si cela s’avère impossible, les choix seront reportés jusqu’à nouvel ordre.

La situation est grave et tout doit être fait pour que notre système de santé soit en capacité de répondre à cette épidémie.

Je vous remercie et reste à votre disposition pour toute question.

Bien à vous

Didier JAFFRE

La politique et le bon sens

L’entêtement du pouvoir pour maintenir les municipales malgré le #coronavirus me rappelle un épisode de l’histoire de France pas souvent enseigné ou connu si ce n’est pour le département concerné (la Martinique) ou par les géologues : l’éruption de la montagne Pelée. 

Cela se passe en 1902, et c’est l’éruption volcanique la plus meurtrière du XXème siècle en France. Elle a duré plusieurs semaines mais sa nuée ardente du 8 mai reste célèbre pour avoir en quelques minutes : entièrement détruit la plus grande ville de l’île Saint Pierre.

1/5e de la population a été exterminée ; 30 000 personnes qui étaient restées dans la ville, une partie contrainte par les autorités. L’éruption est une référence de ce qu’il ne faut pas faire quand on court un danger « naturel » imminent.

Au mont Pelée, le gouvernement n’a pas pris les précautions élémentaires ; ici l’évacuation de la ville et de ces alentours au vue du risque d’erruption. La leçon a été retenu en Martinique,  l’éruption de 1929 et de 1932 n’ont pas fait de victimes.

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Saint Pierre était une ville surnommée «Petit Paris des Antilles» et avait une cathédrale un théâtre une prison un hôpital une chambre de commerce des consulats un journal un port. Du 22 au 30 avril 1902 une série d’évènements donne quelques. signaux d’alarmes : séismes, grondements soudain, nuages de cendres, ruptures de câbles… Du 2 mai au 8 mai c’est une accumulation d’évènements intenses. Il y a quelques victimes le 2 mai lors d’une coulée de magma. Puis un calme apparent s’installe : un bloc de pierre bloque la cheminée du volcan et le dégazage de celui-ci. 

Tout ces évènements ne provoquent pas d’évacuation. Pourquoi : ils se produisent en pleine campagne électorale, entre le 1er et le 2nd tour des législatives.

Le journal « Les Colonies » décide de ne pas publier son article alarmant le 2 mai. Puis le 3 mai le gouverneur Louis Mouttet ordonne à la troupe d’être en état d’alerte et de maintenir l’ordre.

Les départs d’habitants sont même refoulés par la troupe sur la route de Fort-de-France ; les bateaux ont pour consigne de ne pas appareiller. Le 7 mai le dernier numéro du journal est consacré aux élections. Un avis « scientifique » se veut rassurant.

Le 7 mai, le gouverneur et son épouse reviennent en ville pour rassurer. Le capitane d’un navire napolitain Orsolina malgré les menaces d’arrestations par les douaniers décide de partir. Il répliqua même : « Qui me les appliquera vos sanctions, demain vous serez tous morts ».

Le jeudi 8 mai une explosion se produit ; à 7h52 la ville est rasée en 2min, les navires ancrés prennent feu. 30 000 personnes meurent. Le 2nd tour des élections n’aura jamais lieu.

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Marguerite Yourcenar écrivait : « Le coup d’Œil sur l’Histoire, le recul vers une période passée ou, comme aurait dit Racine, vers un pays éloigné, vs donne des perspectives sur votre époque et vs permet d’y penser davantage, d’y voir davantage les problèmes qui sont les mêmes ou les problèmes qui diffèrent ou les solutions à y apporter ».

Il est difficile de prévoir l’avenir. Peut-être que l’on s’inquiète outre mesure, que les médias sont trop alarmistes. Mais, les pays autour de nous adoptent des mesures beaucoup plus strictes. Certains choix politiques actuels vont à l’encontre du bon sens. Soyons cohérents avant tout.

Alors, dimanche, on va voter ?

Le 15 ne répond plus…

7H50 Hôpital necker – Salle de régulation du SAMU

D’habitude, lorsque l’on prend son poste à la salle de régulation du SAMU, l’ambiance est calme. On voit le médecin de jour prendre son café au côté du médecin régulateur de nuit qui lui fait quelques transmissions en discutant de l’actualité.

Ce matin, la tension est palpable. La salle de crise est ouverte, une dizaine de régulateurs médicaux sont actifs et dans un coin de la pièce un étudiant de 5ème année raccroche son téléphone les yeux cernés. Un coup d’oeil d’un habitué sur le tableau de suivi des appels suffit pour saisir l’origine de cette ambiance angoissante.

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Le tableau affiche 7 minutes et cinq secondes d’attente avant qu’un assistant de régulation médicale puisse répondre (la première ligne en France des urgences vitales). Il y a 29 appels en attente.

En temps normal le pic d’appel démarre à 8H00, le compteur monte à 10 voire 15 personnes en attente les jours durs mais le temps de réponse dépasse rarement les 2 minutes. D’ailleurs l’objectif des services du SAMU est de décrocher en moins de 60 secondes voire moins de 20 secondes. (suivi de ces objectifs affichés à droite de l’écran)

Il se passe quelque chose et les mesures prises pour endiguer la crise sont insuffisantes. Nous sommes au début de l’épidémie, nos services d’urgence sont déjà au maximum de leur capacité et malgré tout ils sont dépassés. 

Même si l’on prend les scénarios les plus optimistes concernant l’épidémie de coronavirus : une épidémie qui ressemble à celle de la grippe avec un gros rhume et des patients fragiles à hospitaliser. Il est important de rappeler que la difficulté lorsque l’on gère une crise sanitaire n’est pas dans la plupart du temps de prendre en charge les patients victimes de la situation sanitaire exceptionnel mais de continuer à assurer l’ensemble des soins urgents pour le reste de la population. Le 15 prend en charge les urgences vitales et en particulier les arrêts cardiaques et accidents vasculaires cérébraux. Un tel temps d’attente est dangereux pour tout le monde. 

Les mesures que prend le gouvernement depuis une semaine sont insuffisantes. Il faut enrayer l’épidémie en confinant la population et débloquer des moyens exceptionnels dans les hôpitaux de toute la France pour faire face à cette crise sanitaire majeure qui ne fait que commencer.

 

 

 

Covid 19, qu’est-ce qu’on attend ?

Foto generica, pronto soccorso

J’ai entendu parler du coronavirus pour la première fois à la radio fin décembre. En deux phrases dans le flash actualité de l’émission La méthode scientifique sur France Culture, on signalait l’apparition de cas de pneumonie atypique dans une ville de Chine. L’information m’a interpellé car cela ressemblait au début de l’épidémie de MERS coronavirus qui a frappé le monde il y a quelques années et dont les professeurs d’infectiologie aiment nous citer comme un exemple de pandémie moderne qui démontre le statut incontournable de leur spécialité. J’avoue que j’ai ensuite complètement sous-estimé le phénomène. Je pensais que les médias en faisaient trop et que la Chine avait pris les mesures nécessaires pour stopper l’épidémie. Quelques milliers de cas sur 1 milliards d’habitant ce n’est pas beaucoup.

Ce n’est que depuis une semaine en visionant un documentaire sur Arte qui montre des images non censurés du pays complètement à l’arrêt que j’ai compris la gravité de la situation. L’explosion du nombre de cas en Italie et en France a fini de démontrer que je m’étais tromper et qu’on ne faisait pas face à un banal virus de plus. 

Je me suis alors penché sur les chiffres publiés dans les différents articles scientifiques qui traitent du virus ainsi que sur les témoignages des médecins italiens qui font face actuellement à l’épidémie. La situation est angoissante. Depuis quinze jours les médias s’amusent avec leurs fils d’informations en continus à annoncer heure par heure le nombre de cas confirmés en France et répéter à tous les vents les mesures extraordinaires que notre gouvernement prend. On lit des articles qui critiquent la décision de certains pays de fermer leurs frontières et on nous explique qu’il ne faut pas paniquer. Si on tousse dans notre coude et qu’on se lave bien les mains tout ira bien.

Nul part une analyse de fond a été faite. Pourtant, les modélisations des scientifiques depuis le 28 février démontrent qu’il est impossible de contrôler l’épidémie uniquement par le diagnostic des cas suspects et l’identification des patients en contact avec le cas. (cluster de transmission) (Soit la stratégie en place à l’heure actuelle : stade 2 de l’épidémie).

Je publierai dans la semaine un article qui entrera dans les détails épidémiologiques et statistiques avec les sources scientifiques à l’appui. En substance, on fait face à un virus avec un taux de reproduction plus élevé que celui de la grippe. Il est situé entre 2.5 et 3. (Un patient infecte deux à trois personnes avant d’être diagnostiqué). Le taux de mortalité se situe selon le rapport de l’OMS du 6 mars autour de 4%. (le taux de mortalité de la grippe se situe autour de 0.5% lors des grippes saisonnières.) On est donc face à une épidémie qui se répand plus vite et qui est grave dans un plus grand nombre de cas que celui de la grippe. La modélisation exacte de l’infection est complexe. Il est difficile de se faire une idée précise de comment elle se répandra dans la population, si le taux de mortalité que l’on lit dans ce rapport est exact et n’est pas surestimé. Si le taux d’attaque sera de 25 ou 30%… Peu importe.

Mon sujet ce soir n’est pas la modélisation épidémiologique exacte de cette infection mais l’interrogation face à l’inaction du gouvernement. Une épidémie est en cours dans notre pays. Or notre système de santé est en crise. L’hôpital est en grève depuis le mois de Décembre. On dénonce l’épuisement et le manque de personnel ainsi que le manque de moyen depuis plusieurs mois. Nos hôpitaux ont connu une nouvelle vague de suicide d’interne la semaine dernière dans l’indifférence la plus totale.

J’ai en tête le service des urgences de mon hôpital l’hiver 2017-2018. L’épidémie de grippe avait été plus longue que d’habitude. Au cours de cet hiver on avait comptabilisé 75 467 passages aux urgences en France pour grippe dont 9 738 hospitalisations. Les services étaient complètement débordés. Les lits d’hospitalisations étaient pleins. Des patients attendaient des heures sur un brancard avant de pouvoir être transférés dans un service. Les services de gériatrie étaient saturés avec la nécessité de dédier des secteurs entiers pour la prise en charge des patients atteints de la grippe. Le plan blanc avait été déclenché le 12 janvier. 

Image result for urgences saturéesIci, le virus qui se développe actuellement est plus sévère que la grippe tant par sa capacité à se transmettre que par son taux de mortalité. Lors d’une infection grippale, ce n’est pas le virus qui tue dans la grande majorité des cas. Les patients âgés meurent à cause d’une surinfection pulmonaire bactérienne qui se développe plus facilement chez une personne dont les barrières immunitaires ont été altérés par le virus. Le Covid 19 attaque directement les poumons. Il détruit les alvéoles et déclenche un syndrome de détresse respiratoire aigue. (SDRA)

Le SDRA se traite dans la majorité des cas en réanimation. Les patients sévères nécessitent une ventilation artificielle voire la pause d’un poumon artificielle type ECMO si leur état général le permet et que l’appareil est disponible.

On lit partout que se sont les patients les plus âgés avec des comorbidités qui sont atteints. Toutefois, on connait encore mal le virus et des cas de patients d’âge moyen sont rapportés. La grande majorité des patients que l’on voit à l’hôpital prennent au moins un médicament chaque jour : sont-ils comptabilisé comme des patients avec comorbidités ? Je rappelle qu’un patient de 70 ans qui prend un médicament pour la tension, c’est un patient âgé avec des comorbidités selon l’OMS. Je ne suis pas sur que cela correspond à l’idée que l’on se fait d’un patient âgé dans notre pays où l’on compte plus de 20000 centenaires.

D’où cette article ce soir d’alarme. Qu’est ce que l’on attend ? 

Qu’est ce que l’on attend pour prendre des mesures beaucoup plus drastiques de confinement de la population ? 
Qu’est ce que l’on attend pour déprogrammer toutes les interventions non urgentes à l’hôpital et se préparer à l’épidémie grave qui frappe à notre porte ?

Nos services de réanimation ne sont pas prêt à un afflux massif de malades. Même si on arrive à absorber les patients atteints du coronavirus, comment allons nous assurer les soins courants. Déjà, le SAMU fait appel à des étudiants hospitaliers pour faire la régulation téléphonique. Dans une épidémie il faut pouvoir gérer les patients infectés par le nouvel agent pathogène mais aussi tous les autres qui se présentent comme chaque jour avec les pathologies du quotidien (infarctus du myocarde, AVC, infection urinaire…) Des services d’urgences saturés ont du mal à les prendre en charge. C’est une perte de chance pour un grand nombre de malade. 

L’épidémie va avoir un impact fort sur l’économie mondiale. Réorganiser l’hôpital et mettre en place des plans d’urgence coûte cher. Une vie humaine encore plus. 

 

Bibliographie :

https://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(20)30074-7/fulltext#fig4

https://www.ajronline.org/doi/full/10.2214/AJR.20.22954

Testimony of a Surgeon working in Bergamo, the heart of the Coronavirus outbreak in Italy.
byu/Satori_52 inChina_Flu

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/grippe/grippe-la-polemique-entre-l-interne-en-medecine-marisol-touraine-et-martin-hirsch-en-quatre-actes_2025936.html

https://bmcinfectdis.biomedcentral.com/articles/10.1186/1471-2334-14-480#ref-CR101

https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3524675

C’est fonctionnel ou organique ?

C’est une belle journée, tu es bien, tout est paisible.

Quand soudain… ?

Une insuffisance rénale aigue apparaît!

Tu restes calme, tu élimines l’OAP, tu vérifies qu’il n’y ait pas d’hyperkaliémie, l’ECG est rassurant, ton écho est de qualité et ne montre pas de dilatation des cavités pyélocalicielles. Tout baigne.

Quand soudain…arrive la fameuse question :

« C’est fonctionnel ou organique ? »


Tu te souviens de tes cours : « a oui, il y a un tableau qui me permet de faire la différence »
Le tableau en question :

(College de néphrologie)


Tu vomis.🤮

Et bien on va faire plus simple. Plus rapide.


Prenons la formule :
Si c’est fonctionnel,


Urée (mmol)/créat(mmol) >100
<=>(urée/créat)x créat> 100x créat
<=>urée >100 créat


Hors sur tes résultats du labo l’urée s’exprime en umol et la créat en mmol. donc ça nous donne
Urée (umol)x 1000> 100x créat (mmol)
<=>(urée (umol) x1000 )/100>(100x(créat(mmol))/100


<=>urée (umol) x10> créat



Donc en gros si tu veux pas te prendre la tête, tu prends tes résultats de labo et tu fais :


Urée x10 > créat = IRA fonctionnelle
(rappelles toi que quand tu es en IRA fonctionnelle tu es déshydraté, donc tes urines sont très concentrées en urée).


Ca ne t’autorise pas à ne pas apprendre ce foutu tableau. Surtout que des questions peuvent tomber. Mais si t’es aux urgences et que tu ne veux pas te prendre la tête, ou que le QCM c’est juste savoir si c’est organique ou fonctionnel ça peut te servir et te faire gagner du temps.



Courage
Vous êtes parfaits


Rando ECNi.