Attention à l’interprétation des graphiques ! – Rappel de lecture critique d’article (Rando-LCA)

Contexte : le 21 février 2020, l’Italie a été contrainte de confiner la province de Lodi pour faire face à l’épidémie du Covid 19 puis le 9 mars le confinement s’est étendu à l’ensemble du territoire pour éviter la saturation de ses hôpitaux. Dans le même temps, l’épidémie en France s’est mise à enfler avec l’apparition des foyers de cas à Mulhouse et dans l’Oise. Face au cri d’alarme de notre état voisin, l’inquiétude a grandi dans tout le pays sur les mesures à prendre pour éviter de connaître la même saturation. D’autant que les retours des services de réanimation montraient que les patients nécessitaient des soins lourds pendant une durée prolongée (15 à 21 jours) bien supérieure à celle des patients habituellement admis dans ce type de service créant une embolisation des lits de réanimation.

La question de mettre en place, en plus des mesures barrières, un confinement des régions les plus touchées par l’épidémie voire de l’ensemble du territoire est devenu incontournable. Les journalistes n’ont d’ailleurs pas manquer d’interroger la porte parole du gouvernement sur le risque de saturation de nos hôpitaux. https://www.gouvernement.fr/conseil-des-ministres/2020-03-11 (minute 40) La réponse était claire : la situation est sous contrôle, les mesures prises ont tenu compte de ce risque et suffiront. D’ailleurs, le premier ministre face à la question de la saturation des hôpitaux a insisté pendant sa conférence de presse du 28 mars sur le fait que le confinement total décidé le 17 mars était suffisant pour limiter le pic épidémique. Affirmant face aux caméras : « Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur les mesures de confinement » (source : 1). Et confirmant cette position le 14 avril face à l’assemblée nationale :  » Les hôpitaux n’ont pas été débordé ». (source : 2).

Le 19 avril, alors que le pic de l’épidémie a été atteint et que le nombre d’admission à l’hôpital diminue, le premier ministre a présenté une courbe montrant en ordonnée le nombre de lits de réanimation disponible en France au début de la crise (5000), le nombre de lit après ouverture et réorganisation en urgence des services dans toute la France (10500) et le nombre de lit prévu après création de nouveaux services (15000). La courbe bleue montre le nombre de patient admis en réanimation en raison du Covid 19. Ce nombre atteint 7100 aux alentours du 8 avril, chiffre bien en dessous des 10500 lits annoncés comme disponibles. En un mot un graphique rassurant à première vue : les capacités réanimatoires de nos hôpitaux n’ont pas été débordé.

Capture d’écran 2020-04-19 à 23.56.01

Toutefois, cette courbe ne représente pas la réalité. Si on écoute bien le discours du premier ministre et si on se réfère aux données du portail S.A.E. diffusion qui rend public les informations des établissements de santé (source 3). Il faut noter que les lits de réanimation sont occupés en moyenne à 85% (de 80 à 90% selon les régions) sur le territoire. La déprogrammation des opérations non urgentes initiées début mars a permis d’abaisser légèrement ce taux d’occupation à 80%. Pour se rendre compte de la situation réelle, afin de pouvoir comparer l’évolution du nombre de malade en réanimation aux nombres de lits disponibles, il faut prendre en compte le nombre total de patients en réanimation. Si on se base sur les données de santé publique france concernant le nombre de patient covid en réanimation (source 4) et pour être large une occupation à 75% des lits de réanimation par des patients non covid (3750 lits occupés sur les 5000) on arrive plutôt à un graphique de ce type :

Capture d’écran 2020-04-20 à 01.54.59

L’objectif premier de cet article est d’attirer l’attention sur la vigilance permanente à avoir lors de la lecture d’un graphique. Qu’il soit publié dans une revue scientifique de qualité ou présentée par le premier ministre, il faut toujours s’interroger sur la pertinence des courbes présentées et leur capacité à représenter la situation réelle.

Le deuxième objectif est d’alerté sur le fait que les services hospitaliers ont été dépassé. La pression sur les lits est extrèmement forte. La courbe corrigée présentée ne permet de saisir qu’une partie de la réalité. Les 10500 lits n’ont pas été ouvert dans des conditions acceptables mais en urgence absolue pour faire face en catastrophe. De nombreux services ont été fermé pour créer ces lits limitant la prise en charge de patients atteints de maladie chronique dont les soins ont été reporté. Les infirmiers sont en sous effectif et ont été aidé par des étudiants en médecine (externe des hôpitaux). Le matériel manque… De plus, un patient non atteint par le Covid 19 admis dans un service de réanimation qui prend en charge des patients infectés par le virus a un risque élevé de contracter l’infection et de décéder au vue de la facilité de transmission du virus d’une chambre à l’autre. Cela complique d’autant plus l’organisation des unités et du personnel. En un mot, l’hôpital a été débordé et il faut le prendre en compte pour la suite.

En effet, la stratégie annoncée par le gouvernement est de laisser circuler le virus dans la population à un rythme suffisament lent pour éviter la saturation des lits hospitaliers. Les lits créés dans l’urgence ne correspondent pas à de « vrais » lit de réanimation. Outre les besoins en matériel, c’est le manque de personnel suffisament formé qui constitue un problème central. Actuellement on estime que 5% des patients ayant une infection par le covid 19 confirmés nécessitent un séjour en réanimation. Ainsi dès que l’on passe la barre des 40 000 cas, se sont 2000 patients Covid 19+ qui sont admis en réanimation entre 7 et 10 jours plus tard en plus des 3600 qui occupent les lits en temps normal à cause de pathologies tout autre ( infection grave, décompensation d’une insuffisance cardiaque… )

Les mesures de déconfinement et plus tard les mesures de reconfinement de la population doivent impérativement prendre en compte la réalité de la situation à l’hôpital et ne pas se baser sur des graphiques ininterprétables

Capture d’écran 2020-04-19 à 23.14.58

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Enfin, je tiens à rappeler ici la volonté politique du gouvernement de lutter contre la manipulation de information. Une loi est en vigueur depuis le 20 décembre 2018. On attend du premier ministre qu’il montre l’exemple dans une situation aussi grave.

Gabriel Hallali

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