Manifeste pour une transparence politique dans la gestion de l’épidémie liée au SARS-Cov 2.

Depuis trois mois, le SARS Cov 2 nous a pris de vitesse. En Chine, mi-janvier, le pays s’est arrêté pour se donner une chance de le stopper. Mais il avait déjà pris l’avion et plus rapide que notre système immunitaire, plus rapide que nos systèmes de surveillance épidémiologique, il est venu tutoyer les chefs d’état et imposer son rythme au monde dès la mi-février. Dans chaque pays les hommes doivent s’éloigner les uns des autres. Les états qui s’en sortent ont été forcé d’imposer à la population des mesures de distanciation sociale strictes et contraignantes. Port du masque, fermeture des écoles, contrôle des déplacements, pistage de tous les cas et de leurs contacts. Ceux qui ont préféré ignorer la menace découvrent que leur système de santé peut être mis KO en trois semaines par un virus de deux cents nanomètres. Menace invisible à l’œil nu mais bien réel. Les marchés financiers tremblent au même rythme que les chefs des entreprises et des sociétés d’assurance. La santé et la sécurité sont des besoins fondamentaux. Il est évident que notre économie ne peut pas continuer à fonctionner tant que ces besoins ne sont pas satisfaits. Certes, comme on se plaît à répéter depuis la mi janvier : le SARS Cov 2 n’est responsable que d’un rhume chez la majorité des patients. Effectivement, il ne décime pas nos populations comme la peste ou Ebola, par contre, ce que nous disons moins, c’est qu’il menace profondément notre mode de vie. La prise de conscience est particulièrement violente. La réaction doit être d’autant plus réfléchi et transparente.
Ce virus est responsable d’une infection aiguë chez les personnes qu’il atteint mais il constitue en réalité le point de départ d’une maladie chronique pour notre société. Sans traitement ni vaccin, beaucoup de ce que nous trouvons fondamentale dans nos pays démocratiques risque de voler en éclat dans un futur proche. Les taux d’hospitalisation, d’admission en réanimation et de décès du virus ne sont pas compatibles avec le retour à une situation normale. Entendons-nous bien qu’une situation normale, ce n’est pas un pays où comme en Chine ou en Corée en ce moment, la population est suivie à la trace et où les écoles sont fermées pour la plupart. Ce n’est pas un pays où il faut en permanence justifier de ses déplacements, se soumettre à des contrôles de température à tous les coins de rue et rester à plus d’un mètre des autres avec la menace permanente d’être à nouveau confiné si le virus venait à circuler de nouveau. Il faut le dire. Pour l’instant, le monde après le confinement risque de ressembler à cela pendant plusieurs mois. Les discours riches en figure de style et en émotion que notre gouvernement chérit depuis le début de la crise évitent soigneusement d’évoquer cette perspective.
Actuellement, en Europe, la stratégie que l’on devine semble être de laisser circuler le virus à un rythme suffisamment rapide pour qu’un maximum de personnes soient en contact avec celui-ci mais suffisamment lent pour que les hôpitaux puissent faire face. On fait le pari que l’immunité de groupe et les mesures de distanciation sociale transitoires stopperont le virus après quelques mois. Ce choix se fait au prix d’un nombre important de décès et au risque de se retrouver avec des régions entières confinées dès que l’épidémie n’est plus contrôlée. Des équipes de scientifiques américain viennent d’ailleurs de publier un article très pertinent(1) où ils présentent plusieurs scénarios d’évolution de l’épidémie selon les caractéristiques du virus ( durée de l’immunité acquise dans la population, rythme saisonnier ou non…) Quelque soit le comportement saisonnier du virus, ils pointent du doigt qu’il faut passer par des phases de confinement régulières de la population pour éviter la saturation du système de santé et que les évènements rassemblant un nombre important de personnes ne pourront pas avoir lieu avant plusieurs mois. La plupart des scénarios montrent que cette situation se prolongerait au moins deux ans si aucun traitement ou vaccin n’est trouvé. De plus, une condition sine qua non à la réussite de cette stratégie est que l’immunité conférée par une infection par le virus soit suffisamment durable pour empêcher une réinfection pendant au moins deux ans. Condition dont personne ne sait si le virus la remplit.
Une alternative serait le contrôle total de l’épidémie à l’échelle régionale. Cela implique une prolongation des mesures de confinement pour se retrouver de nouveau dans une situation où les cas de nouvelles infections sont suffisamment peu nombreux pour pouvoir tracer et isoler tous les malades et leurs contacts et donc faire disparaître le virus du territoire après une période de lutte aggressive. Cette stratégie n’est envisageable que si elle est menée à l’échelle européenne et demande une réorganisation rapide du continent pour pister tous les cas, isoler les malades, protéger les soignants et organiser un aménagement du confinement pour qu’il soit toléré plusieurs semaines avec soutien et réorganisation de l’économie. Cela implique aussi d’imposer une quarantaine stricte de plusieurs jours à toute personne entrant sur le territoire européen. Le développement de tests diagnostics de masse rapides et très fiables est indispensable pour pouvoir envisager un tel scénario de sortie de crise. De tels tests ne sont pas encore disponibles.
Une troisième option est de fermer les yeux sur l’épidémie, décider d’un âge limite de prise en charge à l’hôpital pour éviter les décès que l’on qualifierait d’inacceptables (patient « jeune » sans antécédent qui ne peut être soigné faute de place) et parier sur le fait que la population développera très rapidement une protection contre le virus suffisamment efficace pour stopper l’épidémie. Parier aussi sur le fait qu’il n’y a pas de réinfection ou au moins que les réinfections soient moins graves et ne favorisent pas l’émergence de virus mutant. Cette stratégie serait assez violente et demanderait probablement la réorganisation des pompes funèbres mais elle permettrait de retrouver une situation normale plus rapidement au moins du point de vue économique. Il n’y aurait plus aucune mesure de distanciation sociale et aucune raison de fermer les lieux de rassemblements.
Contrairement à ce que certains veulent nous faire croire, les choix politiques qui sont fait ne dépendent que très peu de l’avis des scientifiques. Comme le disait François Jacob dans son livre Le jeu des possibles :

“Ce n’est pas la science qui détermine la politique mais la politique qui déforme la science et en mésuse pour trouver justification et alibi.”

L’arbitrage entre les trois options de sortie de crise évoquées plus haut relève de décisions politiques. Pourquoi l’arbitrage qu’à décider de faire le gouvernement n’est toujours pas annoncé clairement ?
Il est probable que les gouvernements de nos pays occidentaux choisissent une politique qui évite la saturation des systèmes de santé et n’optent pas pour une circulation libre du virus. Pour l’instant en France, le scénario de sortie de crise est flou mais on peut présumé au vue des choix qui sont fait depuis la mi-février qu’il implique une libre circulation du virus à un rythme controlé pour que le système de santé puisse faire face.
Ce flou permet d’éviter d’avoir à rendre compte de la gestion des secteurs clés qui permettent d’appliquer les décisions politiques. L’enjeu pour notre santé est pourtant de taille tout comme les intérêts économiques en compétition.
Le premier secteur clé pour contrôler la circulation d’un virus respiratoire est la gestion des masques et des matériels de protection. Outre le stock à prévoir pour l’ensemble des soignants, il faudra avoir un stock suffisant pour équiper les personnes fragiles ou les employés en contact avec le public. Il faut aussi équiper de nouveau les lieux publics avec des hygiaphones et autre protection en plexiglasse. Matériel que nous avons supprimé méthodiquement depuis quinze ans. En France, le gouvernement annonce que la production de masque va être doublé voir tripler sur le territoire. Y a t’il un contrôle sur le prix des masques ? Comment se déroulent les appels d’offre pour fournir les institutions publiques ? Pendant une crise tous les coups sont permis en terme de prix. Une gestion européenne de la fabrication et du stock de masque a-t-elle été envisagée ? D’autant que, selon l’évolution de l’épidémie, dans chaque pays les besoins en masque seront variables d’une période à l’autre avec possibilité d’entraide. Il n’est pas souhaitable que la sécurité du personnel de santé et des plus fragiles soient entre les mains d’intérêts privés. A noter qu’à l’heure actuelle, l’ordre des médecins n’a pas un accès transparent sur la façon dont le stock des masques pour les professionnels de santé est géré malgré ses multiples demandes.
Le deuxième secteur clé dans la gestion de l’épidémie pour les prochains mois réside dans la capacité à réaliser des tests. Actuellement deux tests sont disponibles : les tests PCR qui détectent directement le virus dans le nez des personnes suspectent et les tests sérologiques qui analysent un échantillon sanguin.
Pour les tests PCR, la sensibilité est estimé à ce jour entre 60 et 80% (capacité à diagnostiquer comme positive pour le virus une personne réellement infectée). Leurs performances sont assez variables selon les méthodes de prélèvement et d’analyse. La réalisation du test nécessite pour l’instant une machine capable de contrôler strictement la température des échantillons. Elle tourne par cycle de plusieurs heures limitant grandement le nombre de test qu’il est possible de réaliser dans une journée. Une nouvelle version du test qui permet de s’affranchir de certaines de ces contraintes est en cours de mise en place. Pour maîtriser l’épidémie il est important que l’Europe se dote d’une capacité à tester de manière fiable un grand nombre de patients chaque jour. Il y a un enjeu certain à s’assurer d’une souveraineté européenne sur ces tests. Les entreprises qui les fabriquent devraient être strictement identifiée et contrôlée. Il est légitime de se demander si elles doivent être gérées par des actionnaires privés vu l’enjeu pour la sécurité du continent.
Les tests sérologiques permettent de savoir si un individu a rencontré le virus au cours des semaines précédentes et a développé des anticorps le protégeant d’une réinfection. Leur fabrication nécessitent la synthèse de protéines virales et de réactifs de qualité suffisante. La synthèse des protéines virales nécessitent une maîtrise des processus de fabrication (fabrication d’un plasmide bactérien contenant la séquence génétique codant pour une protéine du virus contre laquelle le système immunitaire crée des anticorps, transfert du plasmide dans des colonies de bactéries, isolement et purification de la protéine produite par les bactéries génétiquement modifiées). Une mauvaise gestion d’une seule de ces étapes de fabrication et l’ensemble des tests réalisés ne sont pas informatifs. Actuellement, l’institut pasteur est chargé de développer ces tests, ceux qui sont disponibles actuellement viennent des Etats-Unis et ont une sensibilité faible malgré leur marquage CE. Pour la production française, on peut lire qu’un contrat avec une petite entreprise bretonne de 23 employés a aussi été passé pour produire des tests sérologiques rapides. Par ailleurs, des dizaines d’offre d’entreprises privés proposant aux particuliers de réaliser un test sérologique rapide fleurissent sur internet. Il faudrait une réaction rapide des instances de régulation pour éviter la multiplication de ces offres qui pour la plupart proposent des produits non vérifiés et non fiables. Il faudrait aussi interroger la stratégie Européenne de développement et de fabrication de ces tests. Une action commune européenne doit être entreprise d’urgence.
Le troisième secteur clé est la gestion des données de santé de la population ainsi que des données de localisation de la population. (Cf article : Quand les données de santé deviennent le nouvel Eldorado) Si l’on veut avoir une réponse coordonnée et efficace, ces données ne doivent pas être possédées par des entreprises aux intérêts privés et souvent purement nationaux. Il faut développer d’urgence une réglementation européenne sur le recueil et et l’utilisation de ces données. Une institution indépendante serait peut-être une solution à proposer. Quels sont les choix du gouvernement dans ce domaine ?
L’urgence est à la transparence des gouvernements sur la gestion de la crise. Ne tardons pas s’assurer que tout est fait pour garantir de la souveraineté des intérêts publics sur les secteurs clés de la gestion de cette épidémie. Le drame qui se joue ne devrait pas devenir une manne financière pour quelques uns. Une forte solidarité des peuples est incontournable.

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