Covid 19, qu’est-ce qu’on attend ?

Foto generica, pronto soccorso

J’ai entendu parler du coronavirus pour la première fois à la radio fin décembre. En deux phrases dans le flash actualité de l’émission La méthode scientifique sur France Culture, on signalait l’apparition de cas de pneumonie atypique dans une ville de Chine. L’information m’a interpellé car cela ressemblait au début de l’épidémie de MERS coronavirus qui a frappé le monde il y a quelques années et dont les professeurs d’infectiologie aiment nous citer comme un exemple de pandémie moderne qui démontre le statut incontournable de leur spécialité. J’avoue que j’ai ensuite complètement sous-estimé le phénomène. Je pensais que les médias en faisaient trop et que la Chine avait pris les mesures nécessaires pour stopper l’épidémie. Quelques milliers de cas sur 1 milliards d’habitant ce n’est pas beaucoup.

Ce n’est que depuis une semaine en visionant un documentaire sur Arte qui montre des images non censurés du pays complètement à l’arrêt que j’ai compris la gravité de la situation. L’explosion du nombre de cas en Italie et en France a fini de démontrer que je m’étais tromper et qu’on ne faisait pas face à un banal virus de plus. 

Je me suis alors penché sur les chiffres publiés dans les différents articles scientifiques qui traitent du virus ainsi que sur les témoignages des médecins italiens qui font face actuellement à l’épidémie. La situation est angoissante. Depuis quinze jours les médias s’amusent avec leurs fils d’informations en continus à annoncer heure par heure le nombre de cas confirmés en France et répéter à tous les vents les mesures extraordinaires que notre gouvernement prend. On lit des articles qui critiquent la décision de certains pays de fermer leurs frontières et on nous explique qu’il ne faut pas paniquer. Si on tousse dans notre coude et qu’on se lave bien les mains tout ira bien.

Nul part une analyse de fond a été faite. Pourtant, les modélisations des scientifiques depuis le 28 février démontrent qu’il est impossible de contrôler l’épidémie uniquement par le diagnostic des cas suspects et l’identification des patients en contact avec le cas. (cluster de transmission) (Soit la stratégie en place à l’heure actuelle : stade 2 de l’épidémie).

Je publierai dans la semaine un article qui entrera dans les détails épidémiologiques et statistiques avec les sources scientifiques à l’appui. En substance, on fait face à un virus avec un taux de reproduction plus élevé que celui de la grippe. Il est situé entre 2.5 et 3. (Un patient infecte deux à trois personnes avant d’être diagnostiqué). Le taux de mortalité se situe selon le rapport de l’OMS du 6 mars autour de 4%. (le taux de mortalité de la grippe se situe autour de 0.5% lors des grippes saisonnières.) On est donc face à une épidémie qui se répand plus vite et qui est grave dans un plus grand nombre de cas que celui de la grippe. La modélisation exacte de l’infection est complexe. Il est difficile de se faire une idée précise de comment elle se répandra dans la population, si le taux de mortalité que l’on lit dans ce rapport est exact et n’est pas surestimé. Si le taux d’attaque sera de 25 ou 30%… Peu importe.

Mon sujet ce soir n’est pas la modélisation épidémiologique exacte de cette infection mais l’interrogation face à l’inaction du gouvernement. Une épidémie est en cours dans notre pays. Or notre système de santé est en crise. L’hôpital est en grève depuis le mois de Décembre. On dénonce l’épuisement et le manque de personnel ainsi que le manque de moyen depuis plusieurs mois. Nos hôpitaux ont connu une nouvelle vague de suicide d’interne la semaine dernière dans l’indifférence la plus totale.

J’ai en tête le service des urgences de mon hôpital l’hiver 2017-2018. L’épidémie de grippe avait été plus longue que d’habitude. Au cours de cet hiver on avait comptabilisé 75 467 passages aux urgences en France pour grippe dont 9 738 hospitalisations. Les services étaient complètement débordés. Les lits d’hospitalisations étaient pleins. Des patients attendaient des heures sur un brancard avant de pouvoir être transférés dans un service. Les services de gériatrie étaient saturés avec la nécessité de dédier des secteurs entiers pour la prise en charge des patients atteints de la grippe. Le plan blanc avait été déclenché le 12 janvier. 

Image result for urgences saturéesIci, le virus qui se développe actuellement est plus sévère que la grippe tant par sa capacité à se transmettre que par son taux de mortalité. Lors d’une infection grippale, ce n’est pas le virus qui tue dans la grande majorité des cas. Les patients âgés meurent à cause d’une surinfection pulmonaire bactérienne qui se développe plus facilement chez une personne dont les barrières immunitaires ont été altérés par le virus. Le Covid 19 attaque directement les poumons. Il détruit les alvéoles et déclenche un syndrome de détresse respiratoire aigue. (SDRA)

Le SDRA se traite dans la majorité des cas en réanimation. Les patients sévères nécessitent une ventilation artificielle voire la pause d’un poumon artificielle type ECMO si leur état général le permet et que l’appareil est disponible.

On lit partout que se sont les patients les plus âgés avec des comorbidités qui sont atteints. Toutefois, on connait encore mal le virus et des cas de patients d’âge moyen sont rapportés. La grande majorité des patients que l’on voit à l’hôpital prennent au moins un médicament chaque jour : sont-ils comptabilisé comme des patients avec comorbidités ? Je rappelle qu’un patient de 70 ans qui prend un médicament pour la tension, c’est un patient âgé avec des comorbidités selon l’OMS. Je ne suis pas sur que cela correspond à l’idée que l’on se fait d’un patient âgé dans notre pays où l’on compte plus de 20000 centenaires.

D’où cette article ce soir d’alarme. Qu’est ce que l’on attend ? 

Qu’est ce que l’on attend pour prendre des mesures beaucoup plus drastiques de confinement de la population ? 
Qu’est ce que l’on attend pour déprogrammer toutes les interventions non urgentes à l’hôpital et se préparer à l’épidémie grave qui frappe à notre porte ?

Nos services de réanimation ne sont pas prêt à un afflux massif de malades. Même si on arrive à absorber les patients atteints du coronavirus, comment allons nous assurer les soins courants. Déjà, le SAMU fait appel à des étudiants hospitaliers pour faire la régulation téléphonique. Dans une épidémie il faut pouvoir gérer les patients infectés par le nouvel agent pathogène mais aussi tous les autres qui se présentent comme chaque jour avec les pathologies du quotidien (infarctus du myocarde, AVC, infection urinaire…) Des services d’urgences saturés ont du mal à les prendre en charge. C’est une perte de chance pour un grand nombre de malade. 

L’épidémie va avoir un impact fort sur l’économie mondiale. Réorganiser l’hôpital et mettre en place des plans d’urgence coûte cher. Une vie humaine encore plus. 

 

Bibliographie :

https://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(20)30074-7/fulltext#fig4

https://www.ajronline.org/doi/full/10.2214/AJR.20.22954

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/grippe/grippe-la-polemique-entre-l-interne-en-medecine-marisol-touraine-et-martin-hirsch-en-quatre-actes_2025936.html

https://bmcinfectdis.biomedcentral.com/articles/10.1186/1471-2334-14-480#ref-CR101

https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3524675

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