Externe Placebo

Qu’y a-t-il derrière cette formulation ?

La tête plongée dans nos collèges, nous apprenons des kilomètres d’informations, de maladies aux noms étranges, des scores interminables, les médicaments et leurs posologies. Et nous appliquons chaque matin ces connaissances afin de soigner les malades.

Mais ce qu’on oublie souvent c’est que le premier remède de nos patients, c’est nous.

L’effet Placebo, on en entend parler depuis le début de nos études en long en large et en travers.

Mais soyons honnête, la plupart d’entre nous, l’effet placebo en pratique on s’en contrefout.

Au mieux on se dit que c’est du bonus dans notre prise en charge, au pire on oublie juste un moment que ça existe.

Si le patient va mieux sans que ça soit pharmacologique c’est toujours ça de pris sur l’effet des vrais traitements pas vrai ?

Sauf que.

Est-ce qu’on n’est pas un peu bête de cracher sur un phénomène qui selon certaines études représente en moyenne 30% de l’effet des médicaments ?

Et ça concerne tout les médicaments ! Et pas que les médicaments !

Savoir que ça existe c’est déjà un premier pas.
Mais au lieu de considérer ça comme une simple « aide », peut être est il temps d’en jouer et de se servir de ce formidable outil comme d’un phénomène pleinement exploitable !

Et qui de mieux placé que les externes pour évaluer son efficacité? Pas de prescriptions ? Pas besoin de ça pour soulager les gens : Vous êtes étudiants en médecine, montrez-le !

Le Langage est la clé:

Le soin est une question de langage :

de tenue, de posture, de vocabulaire, de statut social, d’assurance et de confiance en soi. Et puis aussi de connaissance, un peu…

Tout ce langage est à la fois verbal et non verbal et il nous faut tous apprendre à le maitriser. Mais le maitriser pour quoi au fond ?

Les cours de relation médecin-malade (RMM) nous proposent une analyse de ces éléments de langage afin de les maitriser et adopter une attitude professionnelle, éthique, empathique ou encore pour mettre une distance protectrice entre nous et eux pour notre équilibre psychique.

Ils nous proposent de nous comprendre.

Mais ils ne nous enseignent pas comment nous servir du langage pour soigner.

Soyons Actifs !

Abordons simplement ici le langage verbal: celui qui nous parait évident.

Pourtant moins de la moitié des informations que l’on transmet à notre interlocuteur passent par lui.
Et bien malgré tout ! Rien qu’avec des petits détails nous pouvons faire beaucoup !

Des gens chouettes qui font des études avec pleins de stats se sont amusés à donner un antalgique à des patients sans leur dire et à d’autre, le même antalgique mais en les prévenant. Devinez qui a eu le moins mal ?

C’est bien beau de prescrire du paracétamol 1g toutes les 6h, mais faut le vendre aussi !

Faites attention à ce que vous dites et à qui vous le dites :

Pour certaines personnes le doliprane ça s’achète « comme ça » (oui ça va peut être changer), c’est « bas de gamme ».

Qui n’a jamais entendu « à moi ça me fait rien docteur »….
Votre patient est à l’hôpital (= « j’ai quelque chose de grave » dans l’imaginaire collectif) et vous lui donnez avec la conviction d’un bulot ce qu’il a dans sa propre pharmacie. Moyen…

Alors que si vous lui dites « ne vous inquiétez pas, c’est bien noté. À l’hôpital nous allons vous soulager avec un médicament qui marche très bien pour ce genre de chose», il se dit que :

  1. Vous avez entendu, écouté et compris qu’il avait mal
  2. Que vous avez la solution
  3. Que ca va marcher
  4. Que vous avez l’habitude de ce genre de cas

De votre côté, vous ne vous contentez pas des effets de la substance active mais vous contribuez à renforcer l’effet placebo inhérent a votre traitement le rendant ainsi beaucoup plus efficace.
Le tout sans prononcer le mot « douleur » ou « avoir mal ». Good job.

Nous pouvons même aller plus loin, peut être même hors de la définition première du placebo tout en gardant la même logique: produire chez nos patient des réactions positives et éviter que ne surviennent des réactions négatives à l’aide du langage. Le tout dans le but d’améliorer notre prise en charge et le confort des patients.

Utilisons un vocabulaire qui inspire du positif:

« N’ayez pas peur » vs « Tout va bien »

« On peut rien faire si vous êtes tendu comme ça monsieur (souvent prononcé par un chef agacé au moment d’un geste…) » vs « relâchez vous, détendez vous on s’occupe de vous »

« ça fait pas mal (alors que souvent le patient n’à rien demandé) » vs « ça va bien se passer »

« l’infirmier va venir pour la prise de sang, c’est rien on plante juste une aiguille dans la veine pour vous en prélever un peu et l’analyser au laboratoire. Vous inquiétez pas » NoooOOon en effet pourquoi s’inquiéter ?

Que ce soit en pédiatrie ou en gériatrie, aux urgences ou en salle, en ambulatoire ou au bloc, dans le fond, à l’hôpital on est tous sans repères et angoissé, ne demandant qu’à être rassurés en plus d’être soignés.

Regardez les enfants, ils en sont la caricatures.

Les exemples sont nombreux et l’objectif de cet article n’est pas de les lister, mais bien de vous faire prendre conscience que le premier des soins, c’est le relationnel.

Qu’il s’apprend et se perfectionne a tout âge et quelque soit la spécialité, et que plus on commence tôt, mieux c’est.

Ne laissez pas les mauvaises habitudes s’installer.
Vous pouvez expérimenter les effets de ces « détails » pourtant si important à vôtre échelle au lit des malades. Alors faites-le. Essayez. Vous verrez.

La France est en retard sur ce genre d’approche. La RMM est essentielle, et pourtant négligée au cours de l’externat au profit des collèges et des QCM.

Cependant elle n’est pas suffisante à elle seule. Les médecins et les étudiants en médecine doivent pouvoir profiter de formation sur la communication verbale et nom verbale.

Parlez-en dans vos facultés. Faites remonter la demande !

Si les cours de com’ sont dispensés aux commerciaux afin de mieux nous vendre tout et surtout n’importe quoi, ils doivent l’être également pour aider à quelque chose d’aussi basique que de soulager un être humain qui a mal.

Prenez conscience du pouvoir que la blouse blanche peut vous donner.
Prenez conscience de l’impact des mots et de leur choix.
Si le malade vous croit, vous êtes déjà en train de le soigner.

Pour ceux que ca intéresse, penchez vous sur les travaux d’Evans sur le placebo en 1974. Malheureux non disponibles sur Pubmed/sci hub

N’hésitez pas à partager vos retours d’expérience,

Posez nous vos questions via la boite mail,

Il n’y a pas que l’ECN dans la vie, ne l’oublions pas,

Partagez nous à vos amis si notre travail vous plait,

Merci encore pour votre soutien !

Rando ECNi.

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